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Opinion Africaine

Déclaration du Président du PAPE à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance du Congo

22 Août 2010 , Rédigé par APPA Publié dans #Opinions

LE PARTI DU PEUPLE

                           LE PA.PE

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PARTI HUMANISTE PAR EXCELLENCE  

               **************************

                     PRESIDENCE

                        ************

                  

 

                        DECLARATION DU PRESIDENT DU PARTI DU PEUPLE

                                                            – LE PA.PE –

                     A L’OCCASION DE LA CELEBRATION DU CINQUANTIEME

                           ANNIVERSAIRE DE L’INDEPENDANCE DU CONGO

 

              

 

 

 

 

 

 

Le gouvernement de la République du Congo a placé le cinquantième anniversaire de l’indépendance de notre pays sous le signe de la réconciliation nationale, de l’esprit du dialogue, de la tolérance, de l’amour et de la paix.

 

Un accent particulier a été mis sur  les jouissances et le défilé comme d’habitude. Cependant la situation du pays reste inchangée malgré les quelques inaugurations faites ici et là. Le pays profond reste en marge de ces jouissances et de ces exhibitions. La réconciliation nationale, l’esprit du dialogue, la tolérance, l’amour et la paix prônées restent une quête.

 

Le président du Parti du Peuple (Le Pa.Pe) saisit cette occasion pour faire la déclaration suivante.

 

Notre analyse, d’une manière transversale, des 50 années d’indépendance permet de conclure deux choses :

 

a-    / On ne peut pas sous-estimer l’effort fait dans la formation des Hommes. De l’avis général des observateurs des autres pays africains, le Congo est presque le quartier latin de l’Afrique centrale. Encore que suite aux guerres civiles successives et à l’abandon des populations par les pouvoirs publics, l’analphabétisme n’a cessé de gagner du terrain. Nous avons des personnes formées, compétentes, expérimentées dans tous les domaines de la vie nationale. Dans toutes les théories économiques de développement, les ressources humaines sont les plus disponibles, elles sont  à la portée et surtout elles sont le levier. Curieusement, nos gouvernements successifs n’en ont eu une conscience nette. Il faut remonter vers les débuts des années d’indépendance pour constater la période où l’on tirait encore le meilleur de chacun pour le développement du pays.

 

b-    / On ne peut pas non plus ne pas tenir compte de l’activité humaine, du travail des congolais et de ses résultats qui se sont parfois vérifiés sous certains régimes.

Il y a eu certes des périodes de réussites économiques et sociales, correspondant tantôt à une meilleure éthique de la gestion de l’Etat (période de Massamba-Débat), tantôt d’abondance financière et de calme relatif (période de Sassou I). Mais, grosso modo trois facteurs ont contrecarré nos performances :

 

 

 

 

1-    L’absence d’une option véritable de développement

 

Lorsqu’un pays n’opte pas clairement pour son développement, on assiste à une dispersion ou à un gaspillage des moyens (cas des ressources humaines), on s’accapare de quelques-uns, sinon de la plus grande part, en complicité souvent avec des forces d’argent extérieures ou sous l’instigation de celles-ci qui dictent nos choix économiques et sociaux (cas des ressources financières). Devant l’échec, on utilise le mensonge, la tromperie, la duperie pour camoufler le tout. L’Etat dans ces conditions n’a plus d’autre valeur, il devient un simple instrument prédateur et de violence.

 

 

2-    L’absence d’une volonté réelle de construire la Nation

 

Le modèle de la construction nationale est certainement le plus difficile à appliquer. Car il suppose que le pays soit envisagé par les dirigeants comme un espace humain là où vivent les Hommes qui ont leurs idées différenciées, une mosaïque, des besoins et des attentes à satisfaire partout où ils se trouvent.

 

Avoir la prétention de les gérer, c’est prendre tout cela en compte. Souvent il s’agit de construire des esprits par une mobilisation des gens autour de leurs intérêts vitaux, certes, mais par la persuasion et non par la violence. Persuader c’est agir sur les gens. Il est plus facile de construire un pont, un hôtel, une stèle, qu’une Nation. Une Nation une fois soudée reste, elle devient un ciment, un esprit qui peut lutter sur tous les plans. Un pont peut être cassé et reconstruit sans problème. Nos dirigeants ne font pas souvent cette distinction, s’attachant plus à ce qui est ostentatoire, qui attire, manipule en fin de compte, mais ne jette pas les bases de la construction de la Nation. A telle enseigne qu’au moindre choc, le pays éclate en clans, en ethnies, en régions, en districts, en villages et même en familles. C’est le retour à la barbarie, à la sauvagerie. Et quand la violence d’Etat, le terrorisme d’Etat, ajoute sa note particulière, c’est le comble, c’est la fracture difficile à recoller par la suite.

 

Donc, il faut être des patriotes sincères et déterminés pour envisager l’œuvre de construction nationale. Cela suppose des aptitudes à acquérir. Comme souvent elles font défaut, on utilise des raccourcis idéologiques ou politiques, ou même parfois l’intimidation, pour se donner bonne conscience. En cas de conflit pour la conquête ou la conservation du pouvoir, et pour refuser le face-à-face, le débat démocratique, on instrumentalise les ethnies, les régions. C’est ainsi qu’on est entré dans un processus sans fin d’antagonismes et de guerres depuis l’indépendance.

 

L’intégration et la consolidation de notre Nation restent une œuvre entière, surtout après toutes les guerres atroces qu’on nous a fait subir.

 

 

3-    Le champ libre laissé aux forces anti-humanistes et anti-démocratiques depuis 1963

 

Le mouvement des 13, 14 et 15 août 1963, récupéré par les politiques et baptisé abusivement « révolution des 13, 14 et 15 août », fut une avancée sociale à cause des revendications sociales qui ont été à sa base, mais une catastrophe politique.

 

En effet, depuis 1963, un système politique donné, froid, insensible, s’est construit patiemment, au gré de ses luttes et de ses contradictions internes. Ce système a secrété des techniques de conquête et de conservation du pouvoir qui ont été régulièrement expérimentées pendant ces cinquante ans. Le fait a fini par s’imposer comme justification de tout changement politique (on agit et on justifie après). Le crime politique et le crime économique ont été banalisés. Le particulier a pris le dessus sur l’intérêt général dans la conduite des affaires publiques. La mobilisation des intelligences, des savoirs et des savoir-faire, se fait sur la base d’une cooptation qui consacre une sélection sans critère défini.

 

 

La socialisation politique et sa préparation à l’art militaire de la jeunesse a constitué à toutes les époques, l’orientation fondamentale de celle-ci, considérée comme main de fer de ce système. Elle doit être capable d’identifier l’ennemi extérieur et intérieur et le combattre.

 

Ce système étant clientéliste, a produit un sous-système intellectuel, des clercs tout à fait dévoués, zélés, qui participent de son soutien et de sa reproduction. Ce sont des aspirants qui pour grimper au sommet, utilisent parfois leur savoir ou les conflits de générations qui ne sont nullement une remise en question fondamentale du système ou du chef qui l’incarne.

 

Ce système a aussi inculqué des comportements, des attitudes, des reflexes, des habitus, des automatismes même qui sont devenus des mentalités, un caractère de notre classe politique.

 

Du fait de son efficacité en tant que système hégémonique, chaque prétendant au pouvoir, joue la métaphore pour celui qui y a déjà été, le critique même ouvertement, rassure et promet de l’abandonner ou de le combattre. Mais une fois aux affaires ou de retour aux affaires, la préoccupation devient celle de vouloir en être le seul fidèle, le seul interprète et défenseur, le seul représentant, au détriment des autres bien sûr. D’où les conflits internes qui réagissent sur la société entière.

 

En résumé, l’idéologie qui ressort de ce système c’est l’idéologie de la force, de la violence. Il a été le modèle de notre Etat pendant 50 ans ; il a imprimé les pratiques de notre système administratif. Les valeurs de ce système sont devenues les valeurs de notre Etat.

 

En Afrique, il n’y a pas plus grand modèle que l’Etat, il est patent, présent en tant que force. Il implique l’individu même dans le moindre recoin de sa vie privée. Ce système a donc eu le temps de tout façonner : les rapports de forces politiques (si on n’y prend garde, on perd facilement ses propres convictions philosophiques, sociales ou politiques, pour devenir un homme violent face à ce système), les mentalités, les rapports inter-individus, les églises, les Associations dites de société civile, même si celles-ci ont la prétention à l’autonomie.

 

Ce système a donc façonné notre Etat, notre société et finalement notre culture civique. Nous sommes devenus une société violente, intolérante malgré nous. Notre culture commune fait ou a fait le lit des politiciens qui veulent bien voir le peuple s’entretuer, et à eux le pouvoir et l’argent. Au lieu de se retrouver et régler leurs antagonismes souvent anciens, ils prennent tout le peuple à témoin, comme si celui-ci pouvait ou avait les moyens d’infléchir la volonté de celui qui veut conquérir ou conserver le pouvoir par la force. Le peuple est aussi complice de ces politiciens rétrogrades, car dans les quartiers il répète le mensonge de ces politiciens genre « les gens du Nord et les gens du Sud ne peuvent pas vivre ensemble, ils sont différents », etc.… qui sont en fait des mots d’ordre d’incitation à la guerre civile.

 

C’est cette culture faite de violence, d’intolérance, d’égoïsme qui est notre problème. Erigée en système d’Etat, cet Etat devient une calamité. La démocratie libérale qui requiert une pluralité d’opinions, un exercice poli et civilisé, un débat d’idées, sera contrecarrée par cette culture de violence et d’intolérance. On peut, on doit épingler les responsables, établir les responsabilités, c’est le rôle de la justice ou de l’histoire. Mais, notre problème d’hier, d’aujourd’hui et de demain, notre problème central, c’est notre culture de violence. Chaque responsable politique tient un discours anesthésiant pour dire que lui n’est pas violent, intolérant, ce sont les autres. Il s’emploie à cacher sa propre déviance. En résultat, nous avons institué une société de la peur, une dictature continue en lieu et place d’une société de la confiance, une société libérale. Et c’est cela qui est dramatique.

 

Pour sortir de cet engrenage, il faut jeter les bases d’un nouvel Etat, qui ne soit pas nourri de l’intérieur par cet engrais qui est la violence, l’intolérance, etc.… Un Etat qui ait comme valeurs la République, la Démocratie, l’Etat de droit et l’humanisme. Mais ces valeurs manquent de militants, de gens de conviction, pour les défendre. Concomitamment, si nous voulons instituer un Congo Unique, inégalable, ancré dans ses morts, sa terre, ses cimetières souvent inconnus et son sang inutilement répandu, si nous voulons institué une nation, il y a exigence de construire une mémoire commune. Il faut construire une histoire commune. D’où le devoir d’inventaire pour tous.

 

Et puis, ça ne fait pas sérieux que ceux qui savent où les restes de nos morts ont été ensevelis pour avoir été probablement leurs assassins, ou commanditaires de leur mort, encore vivants, se taisent.

 

Ça ne fait pas sérieux que l’assassinat du président Marien Ngouabi ait été présenté au peuple comme seulement une action crapuleuse, sans projet politique cohérent de prise de pouvoir.

 

Dans ce puzzle, il manque toujours une pièce, une responsabilité de l’Etat à établir. Il manque un procès de l’Etat.

 

Tous ceux qui ont versé leur sang pour le pays sont notre héritage commun. On ne peut pas réduire leur mort par les nominations de leurs enfants à des emplois, ou par le versement des indemnités dérisoires à leurs ayant-droits. On honore les morts par une reconnaissance de leur existence.

         

Nous nous sommes étendus sur cette question de notre culture d’Etat et de notre culture civique car elle risque d’être remise à l’épreuve face une dictature rampante qui ne cesse de se structurer.  

 

Mais il n’y a pas seulement la réconciliation avec les morts qu’il faut faire. Il y a les vivants qui ont des droits et des exigences dont la clé de l’idylle avec le peuple est dans la capacité d’un pouvoir à respecter.     

 

 

                                                            

                                              

                                                       Fait à Paris 12 août 2010 

 

  

 

                                                                

                                                                                                       OTTA Jean Joseph William

                                                                                                       Président du Parti du Peuple

                                                                                                                     Le Pa.pe

 

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