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Opinion Africaine

RCA : Appel de Marie-Reine Hassen,ancienne candidate à la présidentielle

26 Décembre 2012 , Rédigé par APPA Publié dans #Opinions

MON PAYS VA MAL

 

Trop c’est trop ! Depuis plusieurs décennies, la République centrafricaine est en proie à des crises multiformes et des conflits fratricides qui ont plongé le pays dans une ruine totale et détruit la nation. Tout se déroule comme s’il n’existait aucune intelligence capable d’apporter les solutions susceptibles d’endiguer la gangrène rongeant ce pays. On a l’impression qu’une complicité généralisée s’est établie pour perpétuer les  souffrances de mes compatriotes centrafricains. Le problème de fond est pourtant évident et connu de tous : la mal gouvernance et l’absence d’alternance démocratique.

 

Le Dialogue politique inclusif de 2008 est un accord global, jouit d’une totale légitimité et apporte une réponse à la majeure partie des questions centrafricaines. Mais ses résolutions n’ont jamais été appliquées.   

 

L’actuel conflit armé généralisé était prévisible, mais rien n’a été fait pour l’éviter. Dans mes précédentes analyses et réflexions, j’avais déjà souligné que les solutions aux crises centrafricaines à répétitions se trouvaient dans la volonté des gouvernants et des forces vives de la nation à faire respecter les conclusions des multiples assises nationales. Les fléaux centrafricains ont été diagnostiqués et des solutions ont été définies. Malheureusement on continue à se battre pour des intérêts personnels. Nous voilà aujourd’hui repartis pour un nouveau conclave à Libreville au Gabon avec les mêmes acteurs qui hier n’ont pas honoré leurs engagements pris lors des précédentes assises.

 

Les accords signés avec les mouvements rebelles ne sont que camouflage cosmétique. Ces accords et arrangements douteux ne sont de surcroît respectés par aucune des parties. C’est ainsi qu’on continue allègrement à encourager la rébellion armée et la violence contre les civils en l’acceptant comme la principale voie de revendication politique. La lutte armée est devenue un vecteur de positionnement politique visant à occuper des postes au détriment du peuple.

 

 Quelques unes des revendications de la coalition armée qui menace le pouvoir de Bangui sont justifiées. Les promesses qui ont été faites à ces différents groupes n’ont jamais été respectées. A la violence qu’exerce le pouvoir en place sous le couvert des institutions et de la démocratie ils se sont résolus à répliquer par la violence armée. Mais les violences par les armes sont une solution criminelle au regard de la barbarie et de la dévastation que subit de nouveau cette population, qui a déjà beaucoup trop souffert. Les moyens qu’utilise chacun des groupes protagonistes pour avoir raison (le pouvoir, l’opposition démocratique et l’opposition armée) ne créent pas le lit favorable à la paix. Si le pouvoir bascule dans ces circonstances, la paix ne reviendra pas de sitôt et la RCA plongera dans une guerre civile sans fin. Ce ne sont donc pas ces deux formes de violence qui règleront le problème.

Le processus de désarmement démobilisation et réinsertion (DDR) ne fonctionne pas  non seulement en raison de la corruption, mais aussi parce qu’il  existe de sérieux problèmes sur la nature et l’identité des combattants. Cette question reste en suspens et personne n’ose en parler.

 

Dans ce contexte, la population civile est prise entre deux feux, victime de graves violations des droits de l’homme : d’un côté un régime incompétent, impopulaire et incapable de protéger son territoire, son peuple et ses institutions, qui de surcroît se livre à des exécutions, des enlèvements et des arrestations arbitraires, de l’autre des rébellions multiples et dévastatrices.

 

En tant que femme et mère, je dénonce les barbaries commises par toutes les parties impliquées dans ces conflits perpétuels. Les souffrances de mes compatriotes et les atrocités commises contre eux depuis des décennies doivent cesser. De tous les peuples du monde, le peuple centrafricain est le plus martyrisé. A ce jour, personne en RCA n’a pu apporter une solution aux crises qui se suivent et se ressemblent ; personne n’a pu protéger notre population civile qui paie constamment les pots cassés. Le peuple centrafricain aspire légitimement à une paix réelle, durable et sur l’ensemble de son territoire. 

 

Pour arrêter le cataclysme, il convient de s’attaquer aux causes structurelles de ce phénomène qui permettra d’enrayer les conditions de l’émergence des rébellions.Il est donc urgent de mettre en œuvre un ensemble de réformes pour ramener immédiatement le calme et prévenir les causes profondes de l'insécurité. A cette fin, le Dialogue politique inclusif de décembre 2008 a mis au point un programme de réformes des structures de toutes les institutions.

Le problème étant la défaillance de la gouvernance démocratique, la construction d'une paix durable passera par ces réformes nécessaires et incontournables de la gestion publique, dont quelques-unes sont : l’établissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national, une meilleure gouvernance politique et économique, l’Etat de droit et la justice, l’attribution des postes de décision sur la base des compétences, une restructuration des Forces des Défenses et des Sécurités (FDS), l’installation des pôles de développement etc.

Libreville, une « opération colmatage » de plus? Les négociations de Libreville entre l’alliance des mouvements rebelles et le pouvoir ne permettront pas de pacifier définitivement la République centrafricaine. Comme toutes les rencontres qui se sont faites jusque là, elles pourront faciliter une suspension des hostilités mais ne règleront pas le problème de fond. Elles risquent de créer une accalmie provisoire qui donnera au régime l’illusion d’une victoire et continuera à le conforter dans son apathie et son inaction. Aujourd’hui le pays ne peut plus se contenter d’une trêve. Il faut installer une paix définitive.

 Pour que la rencontre de Libreville soit vraiment efficace, tous les acteurs de la scène politique centrafricaine devront être présents, y compris les représentants des syndicats et de la société civile. Nous devrons mener ensemble ces discussions ; la voix du peuple devra être portée et entendue. Non aux accords pourris. Non aux compromis qui reposent sur une pure logique politicienne. La solution au problème centrafricain ne viendra ni de ceux qui ont déjà exercé le pouvoir politique en RCA, ni de l’extérieur, ni d’uneconstellation de rebellions qui sont loin d’être une alternative. Les centrafricains doivent prendre leur destin en main. En définitive, la rencontre de Libreville nécessite la présence de toutes les Forces Vives de la Nation

 

Marie-Reine HASSEN

Ancien candidat aux élections présidentielles

25 décembre 2012

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